De l’interface « homme-machine » à l’interface « homme-contenu »
L’expression « interface homme-machine » est définie, avec quelques variantes, par « ensemble de dispositifs matériels et logiciels permettant à un utilisateur de communiquer avec un système informatique ». Quelle que soit la définition, il apparaît toujours la notion de lien entre un utilisateur et une machine.
Or la « machine » s’est banalisée, bientôt elle sera dissoute dans l’environnement et ne sera plus visible comme une entité physique porteuse active des fonctionnalités. L’observation des usages montre que « la machine » devient secondaire, qu’elle est devenue simple outil nécessaire ; nous sommes passés de l’utilisation de l’ordinateur à la réalisation d’une tâche, à la satisfaction d’une attente. Le web 2.0 en est une illustration, l’internaute est créateur de contenu, il échange des idées, il partage des photos, il entre en inter-relation avec un autre internaute, une communauté et il peut le faire de différentes manières, avec des outils multiples, dans des contextes changeants. S’il fallait rechercher des exemples de ce glissement dans des usages plus anciens, je demanderais seulement : « utilise-t-on un lecteur de disques ? » et je répondrai : « Non, nous écoutons de la musique », « utilise-t-on un téléphone ? – Non, nous échangeons avec un correspondant ».
Les interfaces, qu’elles apparaissent sur les écrans de nos ordinateurs, sur ceux de nos téléphones, ou qu’elles se déclinent en nouveaux objets communicants ne nous servent plus – ou ne devraient plus – à communiquer avec un système informatique, elles nous servent à créer, modifier, transmettre ce qui contient le sens ; elles nous servent à interagir avec ce sens, avec ce qui le crée : le signifiant. Les interfaces nous servent à être en liaison avec le contenu ; l’ordinateur et le logiciel n’existent pas.
Si nous voulons inventer les nouveaux usages, les nouveaux modes d’interaction entre utilisateurs, créer de nouveaux objets pour communiquer et agir avec notre environnement nous devons oublier la machine, le support, aussi technologique qu’il soit, pour ne nous intéresser qu’à l’utilisateur et au sens.
L’expression « interface homme-machine » n’a plus, dans cette posture, de pertinence : nous devons dans notre expression, dans notre manière de nommer, traduire cette nouvelle réalité et parler des « interfaces homme-contenu ».